Le judo fut enseigné dés 1882, au Dojo de Jigoro KANO, baptisé "Kodokan" ou "école pour étude de la voie".
Le premier élève s'inscrivit le 5 juin 1882; Ces premiers élèves étaient âgés de 15 à 18 ans. Kano les hébergeait et s'occupait d'eux comme un père. Ce fut une période passionnante, mais difficile; le jeune professeur était sans argent et le tapis mesurait à peine 20 m². L'année suivante le dojo avait grandi et son tapis mesurait quelques 40 m².
Deux ans plus tard Kano fit construire un Dojo dont le tapis mesurait près de 80 m². Les rencontres entre diverses écoles de Ju-jitsu se multiplièrent. Le Kodokan remporta sa première victoire en 1886. Des sections du Kodokan se fondèrent à Nirayama.
Lorsque Kano entreprit ses premiers voyages autour du monde, il confia à ses meilleurs élèves la direction du Kodokan.
En 1887 une école nationale de tous les arts martiaux est crée par le gouvernement japonais, c'est le Butoku Kai. Bien que placée sous l'égide de KANO, cette école ne tardera pas à devenir rivale du Kodokan. Quelques années plus tard apparaît le Kosen créé par l'université impériale de Tokyo.
Malgré la concurrence le Kodokan continue son ascension, son dernier dojo est le plus grand du Japon: 185 m², peu de temps après cette surface est portée au double.
En 1909 le Kodokan devient institution publique, c'est à cette époque que les katas établis pour le Butoku Kai sont enseignés. Par la suite une section féminine est ouverte, de plus le Kodokan se voit doté d'associations culturelles et de comités de recherche.
C'est en 1934 que le Kodokan est logé dans un nouveau bâtiment de trois étages. Il possède 2000 m² de tapis. On dit désormais du Kodokan qu'il est la Mecque du judo.
Après la défaite du Japon, les Américains interdirent toutes les activités inspirées du Bushido, les arts-martiaux furent prohibés et les professeurs du Kodokan furent seulement autorisés à enseigner aux troupes américaines.
Le judo fut permis plus tard avec la dénomination sport et non art martial.
En 1958 un nouveau bâtiment héberge le Kodokan, il est beaucoup plus spacieux et moderne que le précédent, en outre son tapis immense. Il abrite des salles spéciales réservées aux femmes, aux enfants, aux élèves particuliers, il héberge aussi des instructeurs à demeure.
Cette étude complète, théorique et pratique, des différents aspects du Ju-Jitsu l'a convaincu de son originalité, son ingéniosité et son efficacité exceptionnelles, mais aussi de la nécessité de codifier et rationaliser un enseignement très disparate et souvent dangereux. Il élabore alors les bases de sa propre méthode à laquelle il donne le nom de Kodokan-Judo, Kodokan signifie " École pour l'étude de la voie " et Judo " Principe de la souplesse ". Jigoro Kano a donné les raisons du choix de ces noms dans une conférence à ses élèves :
"J'ai adopté le nom de Judo au lieu de Ju-Jitsu parce que mon système n'est pas seulement un Jitsu ou art mais un Do, une voie ou une doctrine. J'ai adopté le mot JUDO pour le distinguer des différentes écoles de Ju-Jitsu existantes. Mais le mot Judo était déjà utilisé par l'école de Ju-Jitsu; je n'ai pas cependant voulu adopter un nom complètement nouveau car mon système a pour origine le Ju-Jitsu, bien qu'il en diffère par le but et l'entraînement."
Mais le Ju-Jitsu avait assez mauvaise réputation. Sa pratique était considérée comme dangereuse pour les élèves et certains d'entre eux abusaient en public de leur supériorité.
De plus, les exhibitions payantes avaient contribué à discréditer auprès du public le Ju-Jitsu En baptisant son système Kodokan-Judo, Kano le distinguait ainsi nettement et de l'ancien Ju-Jitsu et du Judo de l'école Jikishin.
Ainsi réunis à l'origine les deux mots Judo et Kodokan sont maintenant séparés et ont des sens distincts : Judo est universellement connu comme la méthode de Jigoro Kano et Kodokan désigne maintenant l'école fondée par Jigoro Kano en 1882 pour enseigner le Judo.
Le Judo diffère de l'ancien Ju-Jitsu sur de nombreux points :
(*) II semble que le Mondo. recommandé et utilisé par Jigoro Kano ne soit plus guère pratiqué ; les élèves questionnent le professeur sur les points qu'ils n'ont pas compris et le professeur questionne les élèves pour juger de leur degré d'évolution et de compréhension.
Au Japon le Judo connaît peu à peu un prodigieux développement, attesté par la progression des élèves du Kodokan, qui s'agrandit constamment et acquiert sous la direction de Jigoro Kano un grand prestige: Le Kodokan est reconnu d'utilité publique et chargé par la fédération japonaise de la distribution des grades.
Hors du Japon, par contre, malgré les efforts inlassables de Jigoro Kano, qui multiplie les voyages de propagande et envoie des élèves dans le monde entier, le Judo reste à peu près inconnu.
La mort de Jigoro Kano en 1939 et la guerre arrêtent le développement du Judo et le Kodokan. Privé de la direction de Jigoro Kano, connaît à partir de 1940 une période d'éclipse complète. Son bâtiment est détruit par les bombardements et, après la guerre les autorités américaines d'occupation interdisent la pratique du Judo et des arts martiaux.
Il faut attendre la levée de l'interdiction quelques années après la guerre pour que le Kodokan renaisse lentement de ses cendres ; sous la direction du fils de Kano : Risei Kano, qui n'est pas un Judoka, et en 1958, le Kodokan s'installe dans de nouveaux bâtiments construits par souscription publique. Mais une personnalité aussi exceptionnelle que celle de Jigoro Kano se remplace difficilement la nouvelle direction a du mal à s'adapter à l'évolution internationale du Judo, qui après la guerre, se diffuse rapidement dans le monde entier et devient un grand sport mondial.
Les compétitions internationales, l'introduction des catégories de poids, la participation aux Jeux Olympiques font rapidement évoluer le Judo, et les champions japonais ne sont plus maintenant formés au Kodokan mais dans les clubs de la police, de l'université ou de l'industrie.
L'entraînement des champions, japonais, en vue des compétitions internationales s'effectue à l'ouest du Japon, au Tenri, près de Nara, l'ancienne capitale. Bien des étrangers viennent y faire des stages dont Anton Geesink qui s'y est entraîné avant les Jeux Olympiques et la Fédération Française y envoie chaque année ses meilleurs éléments.
Si le Kodokan reste une bonne Académie pour étudier le Judo traditionnel, il ne peut plus être considéré, comme le pensent certains, comme le centre mondial du Judo. Ce centre n'existe d'ailleurs nulle part et la seule autorité mondiale est la Fédération Internationale de Judo, organisée de façon moderne et démocratique. Son autorité est fondée sur la confiance des Fédérations Nationales qui la composent dont bien entendu la Fédération Japonaise de Judo, qui lui apporte le précieux appui de sa compétence technique et sa longue expérience des compétitions.
La Fédération Française, deuxième par l'importance après la Fédération Japonaise est bien consciente de l'évolution du Judo et elle a réalisé une méthode d'enseignement, la progression française, qui respectant scrupuleusement les principes fondamentaux du Judo de Jigoro Kano, modernise et rend plus efficace sa pédagogie tout en l'adaptant au tempérament français.
Fondation du Judo en 1882 (Maître KANO)
Fondation du Karaté en 1920 (Maître FUNAKOSHI)
Fondation de l'Aïkido au début du siècle (Maître UESHIBA)
Sources : Georges BAUDOT CN 7 Dan - Ecole des Cadres de Lyon